Autres troubles fréquents associés à une neuroatypie non détectée
Lorsqu’une neuroatypie (TSA, TDAH, douance, trouble d’apprentissage, hypersensibilité, dyspraxie, etc.) passe inaperçue, la personne développe souvent une série de difficultés secondaires qui sont mal interprétées comme des troubles indépendants.
Dans la grande majorité des cas, ces « troubles » sont en réalité des réponses adaptatives à :
- la surcharge sensorielle,
- le stress chronique,
- le masquage,
- le traumatisme complexe,
- l’incompréhension sociale,
- l’épuisement mental,
- ou l’inadéquation entre la personne et son environnement.
Voici les troubles les plus souvent observés, et mal compris, chez les personnes neuroatypiques non détectées.
1. Troubles obsessionnels-compulsifs (TOC) et comportements compulsifs
Les TOC sont souvent confondus avec :
- les routines rigides autistiques,
- les stratégies de contrôle liées à l’anxiété,
- ou les comportements de régulation sensorielle.
Pourquoi ils apparaissent ?
- la personne tente de créer de la prévisibilité dans un monde chaotique ;
- les rituels procurent un sentiment temporaire de sécurité ;
- le cerveau tente de réduire l’anxiété ou l’hyperactivation ;
- certains comportements (aligner, vérifier, organiser, répéter) offrent une forme d’autorégulation.
Signes fréquents
- vérifications répétées ;
- compulsions mentales (rumination, scénarios, relecture d’événements) ;
- besoin d’alignement ou de symétrie ;
- rituels autour de l’hygiène, du rangement ou du sommeil ;
- inconfort intense lorsque la routine est brisée.
À retenir
Ce ne sont pas nécessairement des TOC.
Ce sont souvent des mécanismes d’adaptation à :
- l’hypersensibilité,
- l’anxiété non reconnue,
- ou au traumatisme complexe.
2. Troubles du sommeil
Les problèmes de sommeil sont extrêmement fréquents et souvent sous-estimés.
Pourquoi ?
- cerveau en hyperactivation (TDAH, douance) ;
- surcharge sensorielle persistante ;
- anxiété élevée à la fin de la journée ;
- dérégulation du cycle veille-sommeil ;
- difficultés à « éteindre » le mental (ruminations, hyperanalyse) ;
- routines perturbées ;
- anticipation du lendemain (stress social).
Manifestations courantes
- insomnie chronique ;
- hypersomnie (décompression) ;
- sommeil non réparateur ;
- réveils multiples ;
- difficulté à se lever malgré un long sommeil ;
- retards de phase (endormissement très tard).
Impact
- fatigue extrême ;
- irritabilité ;
- difficultés cognitives ;
- perte de concentration ;
- amplification des symptômes anxieux et dépressifs.
Sans prendre en compte la neuroatypie, ces difficultés sont souvent mal diagnostiquées.
3. Troubles psychosomatiques
Lorsque les émotions sont difficiles à décoder ou à exprimer, le corps prend souvent le relais.
Pourquoi les neuroatypiques y sont plus exposés ?
- alexithymie fréquente (difficulté à identifier les émotions) ;
- surcharge du système nerveux autonome ;
- stress chronique non exprimé ;
- fatigue extrême due au masquage ;
- traumatismes non reconnus.
Symptômes fréquents
- douleurs musculaires diffuses ;
- migraines ;
- troubles digestifs ;
- crises inexpliquées (évanouissements, spasmes, inconforts sévères) ;
- grande sensibilité à la douleur ou au toucher.
Ces symptômes sont réels, physiques, et sont souvent mal interprétés comme des maladies indépendantes, alors qu’ils découlent d’un stress chronique lié à un fonctionnement non reconnu.
4. Troubles de personnalité (souvent mal diagnostiqués)
Les neuroatypiques non détectés reçoivent disproportionnellement des diagnostics comme :
- trouble de la personnalité limite (TPL) ;
- trouble de la personnalité évitante ;
- trouble de la personnalité dépendante ;
- trouble de la personnalité obsessionnelle-compulsive.
Dans beaucoup de cas, ces diagnostics sont erronés.
Pourquoi ?
Parce que les symptômes se ressemblent superficiellement :
TPL vs traumatisme complexe + neuroatypie
Intensité émotionnelle, hypervigilance, besoin de sécurité, crises
→ ressemblent à un TPL
→ mais sont souvent des manifestations de trauma + TSA/TDAH.
Personnalité évitante vs autisme non détecté
Évitement social + anxiété
→ interprété comme trouble évitant
→ alors que c’est souvent une surcharge sociale ou sensorielle.
Personnalité dépendante vs trauma complexe
La dépendance relationnelle est souvent un mécanisme de survie et non un trait de personnalité.
Personnalité obsessionnelle vs rigidité autistique
Besoin d’ordre + routines strictes
→ confondu avec OCPD
→ alors que c’est lié à la régulation sensorielle et à la prévisibilité.
Pourquoi c’est problématique ?
Un mauvais diagnostic :
- invalide le vécu de la personne ;
- renforce la honte ;
- mène à des interventions inefficaces voire destructrices ;
- empêche la reconnaissance de la neuroatypie ;
- accentue l’isolement et la souffrance.
5. Dysrégulation émotionnelle
Souvent interprétée comme :
- immaturité ;
- impulsivité ;
- manque de contrôle ;
- instabilité émotionnelle.
Mais chez les neuroatypiques, elle provient surtout de :
- surcharge sensorielle ;
- fatigue extrême ;
- traumatismes relationnels ;
- absence d’outils d’autorégulation ;
- hypersensibilité (émotionnelle ou sensorielle).
Signes
- réactions émotives soudaines ;
- crises d’angoisse ;
- shutdowns ;
- irritabilité ;
- pleurs ou blocages ;
Ce n’est pas un trait de personnalité.
C’est un indicateur d’un système nerveux saturé.
Ce que l’ACNQ propose
L’ACNQ veut :
- clarifier ce qui relève réellement d’un trouble…
- …et ce qui relève d’une neuroatypie non détectée ;
- éviter les erreurs de diagnostic ;
- offrir une vision globale et juste du fonctionnement de la personne ;
- accompagner vers des ressources neuroaffirmatives ;
- réduire la surcharge pour prévenir les troubles secondaires ;
- proposer des outils sensoriels, cognitifs et organisationnels adaptés ;
- restaurer l’estime de soi et la compréhension de son propre fonctionnement.
Parce qu’un diagnostic mal posé peut marquer une vie.
Un diagnostic juste, lui, peut la transformer.