Enjeux de compréhension et erreurs diagnostiques
Certaines réalités demeurent difficiles à saisir, car :
- Les signaux peuvent sembler contradictoires (ex. douance + difficultés scolaires).
- Les besoins changent selon l’environnement et le contexte.
- Les comportements (franchise, retrait, agitation) sont souvent mal interprétés, ce qui contribue à la l’exclusion et la stigmatisation de ces personnes.
Chez les personnes neuroatypiques, un grand nombre parvient, malgré leurs difficultés, à s’adapter et à développer un fonctionnement relativement satisfaisant pendant une période qui varie d’un individu à l’autre. Pour plusieurs, les difficultés plus importantes n’apparaissent qu’à l’adolescence ou à l’âge adulte.
C’est souvent l’accumulation de ces problèmes qui amène la personne à demander de l’aide. Or, la présence de troubles associés complique alors le processus diagnostique : bien souvent, ce sont ces manifestations secondaires qui attirent d’abord l’attention, masquant les signes propres à la neuroatypie. L’évaluation tend donc à se concentrer sur le trouble de santé mentale le plus visible, surtout lorsqu’aucun trouble neurodéveloppemental n’a encore été identifié.
C’est ainsi que s’installent les erreurs de perception, menant à des analyses biaisées, à des observations incomplètes, ce qui m’amène à dénoncer une confusion fréquente dans les conclusions de certains professionnels, notamment en ce qui concerne le TSA grade 1 (Asperger).
Il est bien établi dans la littérature scientifique que les manifestations du TSA (notamment de grade 1, sans déficience intellectuelle), particulièrement à l’âge adulte, et encore plus chez les femmes, sont souvent confondues à tort avec certains troubles de santé mentale, comme le trouble bipolaire ou le trouble de la personnalité limite. Les variations émotionnelles, l’intensité, l’anxiété chronique, la sensibilité sensorielle/émotionnelle ou autres symptômes peuvent être mal interprétés, menant à des traitements inadaptés.
Autre dérive clinique…
Cette erreur de perception n’est malheureusement pas la seule. Un autre phénomène, plus structurel, contribue à de nombreuses erreurs de diagnostic.
Au Québec, plusieurs personnes neuroatypiques (TSA, TDAH, HPI, DYS), ayant subi des traumas prolongés tout au cours de leur vie, se retrouvent par défaut avec un diagnostic de TPL alors que leur souffrance correspond davantage à un trouble de stress post-traumatique complexe (TSPT-C), reconnu dans la CIM-11 par l’Organisation mondiale de la santé, mais toujours absent du DSM-5.
C’est ainsi que, faute d’espace dans le manuel pour nommer le trauma complexe, on loge la souffrance dans la case “trouble de la personnalité”, comme si c’était elle, la source du problème. C’est exactement par ce raccourci administratif que l’on perd de vue le contexte, la violence vécue et l’histoire complète derrière les symptômes.
Nommer correctement, c’est orienter vers les bons soins, les bonnes approches thérapeutiques, et surtout : reconnaître enfin la nature de la souffrance vécue.