Enjeux cliniques et erreurs de lecture


Neuroatypie versus santé mentale

Certaines réalités demeurent difficiles à saisir car :

•  les signaux peuvent sembler contradictoires (ex. douance + difficultés scolaires).

•  les besoins changent selon l’environnement et le contexte.

•  les comportements (franchise, retrait, agitation) sont souvent mal interprétés, ce qui contribue à la l’exclusion

et la stigmatisation de ces personnes.

Chez les personnes neuroatypiques, un grand nombre parvient, malgré leurs difficultés, à s’adapter et à développer un fonctionnement relativement satisfaisant pendant une période qui varie d’un individu à l’autre. Pour plusieurs, les difficultés plus importantes n’apparaissent qu’à l’adolescence ou à l’âge adulte.

C’est souvent l’accumulation de ces problèmes qui amène la personne à demander de l’aide. Or, la présence de troubles associés complique alors le processus diagnostique : bien souvent, ce sont ces manifestations secondaires qui attirent d’abord l’attention, masquant les signes propres à la neuroatypie. L’évaluation tend donc à se concentrer sur le trouble de santé mentale le plus visible, surtout lorsqu’aucun trouble neurodéveloppemental n’a encore été identifié.

C’est ainsi que s’installent les erreurs de perception, menant à des analyses biaisées et à des observations incomplètes.

TSA sans déficience intellectuelle

C’est le phénomène décrit ci-dessus qui m’amène à dénoncer une confusion fréquente dans les conclusions de certains professionnels, notamment en ce qui concerne le TSA grade 1 sans déficience intellectuelle.

Il est bien établi dans la littérature scientifique que les manifestations du TSA (notamment de grade 1, sans déficience intellectuelle), particulièrement à l’âge adulte, et encore plus chez les femmes, sont souvent confondues à tort avec certains troubles de santé mentale, comme le trouble bipolaire, le trouble de la personnalité limite. C’est le cas également pour certains troubles anxieux comme le trouble d’anxiété généralisé, alors que les manifestations observées ne sont parfois que des symptômes secondaires à un TSA sous-jacent.

Les variations émotionnelles, l’intensité, l’anxiété chronique, la sensibilité sensorielle/émotionnelle ou autres symptômes peuvent être mal interprétés, menant à des diagnostics erronés et des traitements inadaptés.

Ce qui est le plus inquiétant face à ces erreurs diagnostiques est le fait que ce sont parfois ces mêmes traitements prescrits pour un trouble anxieux ou un trouble bipolaire qui contribueront à maintenir la personne dans un état de détresse considérant qu’un cerveau TSA peut réagir très différemment et fortement à certaines molécules médicamenteuses. Certaines personnes feront des essais médicamenteux très nombreux avant de trouver quelque chose qui les aide vraiment à se stabiliser.

Traiter et accompagner une condition consiste à la base à bien l’identifier.

Neuroatypie et traumas complexes

Cette erreur de perception n’est malheureusement pas la seule. Un autre phénomène, plus structurel, contribue à de nombreuses erreurs de diagnostic.

Au Québec, plusieurs personnes neuroatypiques (TSA, TDAH, HPI, DYS), ayant subi des traumas prolongés tout au cours de leur vie, se retrouvent aussi par défaut avec un diagnostic de trouble de la personnalité ou de bipolarité alors que leur souffrance correspond davantage à un trouble de stress post-traumatique complexe (TSPT-C), reconnu dans la CIM-11 par l’Organisation mondiale de la santé, mais toujours absent du DSM-5.

C’est ainsi que, faute d’espace dans le manuel pour nommer le trauma complexe, on loge la souffrance dans la case “trouble de la personnalité”, comme si c’était elle, la source du problème, et non pas les multiples autres facteurs qui influencent le développement, le fonctionnement et le parcours de ces personnes… C’est exactement par ce raccourci administratif que l’on perd de vue le contexte, la violence vécue et l’histoire complète derrière les symptômes. Et c’est exactement ainsi qu’on laisse derrière le morceau le plus déterminant pour un rétablissement durable : le traitement des traumatismes.

Nommer correctement, c’est orienter vers les bons soins, les bonnes approches thérapeutiques, et surtout : reconnaître enfin la nature de la souffrance vécue.