La double exceptionnalité
Comment l’ACNQ comprend la double exceptionnalité
À l’ACNQ, la double exceptionnalité est comprise comme la coexistence d’un potentiel cognitif élevé (douance) et d’un ou plusieurs troubles neurodéveloppementaux ou neurocognitifs (ex. TDAH, TSA, troubles d’apprentissage).
Cette combinaison n’est pas une simple addition de caractéristiques.
Elle crée un fonctionnement global singulier, marqué par des décalages internes importants entre :
- capacités intellectuelles élevées
- vulnérabilités neurocognitives ou neurodéveloppementales
- exigences environnementales souvent contradictoires
Sur le plan neuropsychologique, la double exceptionnalité se manifeste fréquemment par :
- une hétérogénéité marquée des profils cognitifs (forces très élevées coexistant avec des fragilités spécifiques)
- une asynchronie développementale, où certaines sphères sont très avancées alors que d’autres demeurent vulnérables
- une charge adaptative accrue, liée à la gestion simultanée du potentiel et des limitations
Ce fonctionnement n’est ni paradoxal ni rare, mais il est souvent mal compris.
Il devient source de difficulté lorsque l’environnement :
- interprète la performance comme une absence de difficulté
- interprète la difficulté comme une absence de potentiel
- exige une cohérence interne qui ne correspond pas au fonctionnement réel
C’est dans cet entre-deux que s’installent l’invalidation, la confusion identitaire et l’épuisement.
Repères cliniques
Quand parle-t-on de double exceptionnalité ?
À l’ACNQ, nous distinguons clairement la douance seule, les troubles neurodéveloppementaux isolés et la double exceptionnalité.
La double exceptionnalité est envisagée lorsqu’on observe :
1. Un potentiel cognitif élevé confirmé ou probable
Par exemple :
- raisonnement abstrait rapide
- compréhension conceptuelle approfondie
- pensée complexe, créative ou systémique
- curiosité intellectuelle marquée
2. La présence concomitante d’un trouble neurodéveloppemental ou neurocognitif
Tel que :
- TDAH
- TSA
- trouble spécifique des apprentissages
- autres particularités neurodéveloppementales
3. Une hétérogénéité cognitive significative
Incluant :
- écarts importants entre les indices cognitifs
- performance inégale selon les contextes
- forces qui masquent certaines difficultés
- difficultés qui invalident certaines forces
4. Une asynchronie développementale durable
Se manifestant par :
- maturité intellectuelle avancée
- régulation émotionnelle ou exécutive plus fragile
- attentes externes inadéquates au fonctionnement réel
5. Un retentissement fonctionnel réel
Notamment sur :
- le parcours scolaire ou professionnel
- l’estime de soi
- la santé mentale
- le sentiment de cohérence identitaire
6. Une analyse différentielle approfondie
La double exceptionnalité n’est pas expliquée uniquement par :
- la douance seule
- un trouble neurodéveloppemental isolé
- l’anxiété de performance
- un contexte de stress ponctuel
Clarification clinique potentiel, vulnérabilités et diagnostic
Avoir un haut potentiel n’immunise pas contre les difficultés.
Avoir des difficultés n’annule pas le potentiel.
La double exceptionnalité correspond à :
- une organisation neurodéveloppementale hétérogène
- présente dès l’enfance
- transversale aux contextes
- impliquant un coût adaptatif élevé, souvent invisible de l’extérieur
Se reconnaître dans certains aspects peut ouvrir une réflexion pertinente.
Une reconnaissance clinique repose sur une évaluation intégrative, tenant compte à la fois du potentiel et des vulnérabilités.
Double exceptionnalité et erreurs de lecture clinique
Comprendre les trajectoires invisibles – perspective de l’ACNQ
La double exceptionnalité est l’un des profils les plus fréquemment mal interprétés.
Selon le contexte, la personne peut être perçue comme :
- « trop compétente pour avoir des difficultés »
- « trop en difficulté pour être réellement douée »
Cette lecture fragmentée entraîne :
- des attentes incohérentes
- des interventions inadaptées
- une invalidation répétée du vécu réel
Du décalage interne aux troubles associés
Lorsque la double exceptionnalité n’est pas reconnue, la personne doit constamment :
- surcompenser ses vulnérabilités
- réduire l’expression de son potentiel
- ajuster son identité selon le regard externe
Avec le temps, cela peut mener à :
- une fatigue cognitive et émotionnelle chronique
- une anxiété persistante
- un sentiment d’imposture
- une perte de sens et de cohérence interne
Ces manifestations ne sont pas la cause, mais la conséquence d’un fonctionnement mal reconnu.
Troubles fréquemment observés secondairement à une double exceptionnalité non reconnue
Il est fréquent d’observer :
- troubles anxieux, liés à l’incohérence des attentes
- dépression, associée à l’épuisement et à l’invalidation
- burnout, notamment chez les profils très compensateurs
- troubles somatiques ou du sommeil, liés à la surcharge cognitive
- altération de l’identité et de l’estime de soi, nourrie par un sentiment de décalage constant
- et autres troubles comme la dépendance ou les troubles alimentaires
Ces manifestations deviennent souvent le motif principal de consultation, masquant la double exceptionnalité sous-jacente.
Position clinique de l’ACNQ
À l’ACNQ, nous affirmons que :
- la double exceptionnalité est un fonctionnement cohérent, pas une contradiction
- le potentiel et les vulnérabilités doivent être reconnus simultanément
- les interventions fragmentées renforcent la souffrance
- une lecture intégrative transforme profondément les trajectoires scolaires, professionnelles et personnelles
Message clé ACNQ
Comprendre la double exceptionnalité, ce n’est pas choisir entre le potentiel et la difficulté.
C’est reconnaître un fonctionnement complexe et cohérent,
dont la méconnaissance peut transformer la richesse intérieure en épuisement invisible.
Pour en savoir plus
🔹 Liens et ressources
Accéder à des outils, articles, organismes et ressources utiles liés à ce trouble.
🔹 Entrevues d’experts
Découvrir des entrevues avec des professionnel·le·s et expert·e·s du domaine.
🔹 Témoignages
Découvrir des témoignages de personnes concernées et de proches.
🔹 Groupes d’échanges
Participer à des groupes d’échanges, de soutien ou de discussion entre personnes concernées et proches.